Lésion ou maladie ?

Si le diagnostic et sa compréhension représentent la première question qu’on doit se poser dans l’admissibilité d’une réclamation à la CSST, la relation causale est sûrement la deuxième. La pathologie est donc considérée comme une lésion ou une maladie dépendamment de l’appréciation que nous aurons de cette relation causale.

 

Lésion professionnelle

Le traumatisme doit être assez déterminant.   Souvent, l’évidence est plus forte lorsqu’il s’agit d’un diagnostic de fracture osseuse en regard d’un traumatisme important. Lorsqu’il s’agit de tendon, de ligament, d’un disque intervertébral, il y a une certaine méconnaissance et parfois une tolérance qui fait en sorte que des diagnostics de traumatismes sont acceptés plus facilement. La pathophysiologie nous démontre que les structures mentionnées précédemment ont souvent une tolérance assez forte, et l’intensité du traumatisme doit être parfois égale ou supérieure à la capacité maximale d’une personne.

Les facteurs sont souvent l’effort qui a été fait et le poids d’un objet à soulever, la vitesse d’exécution d’un geste brusque, la position ou les distances auxquelles l’objet est soulevé. Ceux-ci sont influencés par des facteurs personnels, comme des configurations anatomiques différentes, des conditions dégénératives ou d’usure, des maladies comme le diabète et des antécédents qui seront dévoilés par l’employé au moment de l’accident ou que vous aurez eu la chance de connaître par un examen de préembauche.

Si l’intensité du traumatisme est faible et surtout si le geste posé ne sollicite pas nécessairement la structure ou la pathologie impliquée, évidemment il n’y a aucune relation.

Le diagnostic d’entorse est souvent un diagnostic abusif qu’on rencontre dans plusieurs dossiers et qui est accepté comme lésion professionnelle sous la base que la présomption existe même s’il n’y a aucune relation avec le traumatisme. On rencontre également le diagnostic de la déchirure de la coiffe de rotateurs chez les patients qui ont posé un geste de faible intensité et qui n’est pas susceptible de causer une déchirure. (Plusieurs études ont démontrées que dans 28% des personnes on retrouve des déchirures de la coiffe des rotateurs chez des patients totalement asymptomatiques et qui n’ont eu aucun traumatisme.)

 

Maladie professionnelle

Le traumatisme en présence d’une maladie professionnelle a souvent besoin d’une moins grande intensité. Par contre, il doit être d’une   intensité étant elle-même supérieure à celle qu’on retrouve dans l’exécution des activités courantes de la vie. L’effort au niveau de l’exécution des activités courantes de la vie pour une articulation est d’environ 25% ainsi dans la maladie professionnelle c’est d’environ 40%.

Le plus important c’est de réaliser que le geste posé par un travailleur sollicite la structure musculosquelettique qui est impliquée dans la pathologie. La meilleure façon est de comptabiliser le nombre de mouvements à la minute ou à l’heure et dans une journée de travail. S’il y a des tâches très variées, il est donc peu susceptible d’y avoir une maladie professionnelle, mais par contre, lorsque c’est toujours la même tâche et qu’il y a peu ou pas de repos, il est possible que ce soit une maladie professionnelle.

Encore là, le nombre de gestes posés pour blesser un tendon est vraiment surprenant lorsqu’on connaît la pathophysiologie de ces structures et qu’on consulte la littérature médicale à ce sujet. Dans la population générale, on trouve facilement des diagnostics de tendinite au niveau des différentes régions anatomiques et l’origine est multifactorielle. Le traumatisme est une cause, mais il y a beaucoup d’autres facteurs qui font en sorte que les gens peuvent avoir une tendinite sans aucun traumatisme. Bien sûr, si une personne est porteuse d’une tendinite, ça va être dérangeant au travail et souvent la réaction de ceux-ci est de dire : « C’est au travail que je me suis fait cette pathologie car chez nous, je ne fais rien. »

Une bonne façon aussi de comprendre ce qui est survenu est de prendre une vidéo de l’employé et s’assurer qu’on visualise bien la région anatomique impliquée. Si vous demandez une expertise médicale, cet élément de vidéo va devenir très important pour le médecin pour évaluer s’il y a relation ou pas.

 

Dr Michel Lizotte

Expert en santé au travail

35 ans d’expérience

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